Manuel Ruiz Vida, peintures / pinturas

La salle d'exposition, 2003. Collection Télérama, Paris

10 Juin 2015 , Rédigé par Manuel Ruiz Vida Publié dans #La salle d'exposition 2003 Collection Télérama Paris

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La salle d'exposition, 2003 huile, laque, enduit, et radiographie sur papier peint marouflé sur toile 175 x 240 cm Collection Télérama, Paris

La salle d'exposition, 2003 huile, laque, enduit, et radiographie sur papier peint marouflé sur toile 175 x 240 cm Collection Télérama, Paris

....La photographie, parfois, s'attache à rendre l'ordinaire beauté des choses, leur vieillissement, mais en induisant un sentiment nostalgique, comme si le temps représenté, soudain figé, arrêté, n'était plus le temps qui passe. Or, dans les tableaux de Ruiz Vida, les citernes n'en finissent pas de rouiller. Ou les murs n'en finissent plus de se desquamer. Ainsi celui du tableau La salle d'exposition, vieux mur d'une usine abandonnée des environs de Roubaix, où le peintre fut invité à exposer l'an dernier..... Il y montrait alors des peintures sur radiographies redécoupées en forme de pierres tombales. Deux d'entre elles demeurent, collées sur le tableau représentant l'usine transformée en salle d'exposition, sur les murs de laquelle apparaissent les vestiges d'une gloire industrielle perdue. Autour, le carrelage blanc se fissure, les couches superposées de papier peint se déchirent, l'humidité brunit et ronge le plâtre, révélant la mémoire d'un monde ouvier disparu, broyé par la machine économique, mais que le peintre, plutôt que d'en exprimer le regret, transforme poètiquement en épopée légendaire. C'est là l'un des pouvoirs singuliers de l'art: d'échapper au temps et à ses corollaires nostalgiques et mélancoliques. Autrement  dit: une bassine, un réservoir, un mur d'usine (comme jadis une madone ou la Saint-Victoire) finissent par disparaître dans le tableau, par se noyer dans la matière, par mourrir en quelque sorte, pour renaître transfigurés, métamorphosés en oeuvres d'art. Ils deviennent la trace d'un regard poètique sur le monde. Il s'agit là d'une banalité, bien sûr, comme l'image d'un crépuscule bleuté entr'aperçu par la fenêtre d'un train, mais il convient de ne pas l'oublier: les fugaces souvenirs d'une imperceptible beauté nous aident à devenir.

Olivier Cena, critique d'art/ Télérama n°2813, 2003  (EXTRAITS)
Exposition à la galerie de l'atelier 2, Villeneuve d'Ascq

Photo: Nicolas Pfeiffer

 

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