Jeudi 31 décembre 2009 4 31 /12 /Déc /2009 13:18

 

 

 

 


53 Réservoir 2002, huile et laque sur toile, 200x 160
Réservoir, 2002 
huile et laque sur toile
200 x 160 cm
copyright: M. Ruiz Vida

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paysage dévasté

 

 
Peintre lillois d’origine espagnole, Manuel Ruiz Vida a été marqué lors de son séjour à Dunkerque par les odeurs acres et les bruits sourds, par les épaisses fumées blanches aspirées par le ciel. Ce paysage aux couleurs sombres est à l’opposé de la vision idyllique et conventionnelle d’une nature foisonnante et verdoyante. Les activités de ces industries lourdes dont on redoute les effets sur l’environnement sont à l’antipode du paradis terrestre ?

 

Là où poussaient les oyats s’érigent aujourd’hui de puissants bâtiments de fer ou de béton.
Le caractère repoussant de ce paysage ne cesse pourtant d’attirer Manuel Ruiz Vida. Il en retient les détails : un hangar, des containers, un réservoir. Couche après couche, il cherche à apaiser ces pulsions contradictoires dans la matière, à révéler la force et la fragilité de ces architectures, à saisir les effets du temps sur la transformation des matériaux. Peu à peu le fer se ronge, s’effrite et perd l’aspect lisse originel. C’est cet instant-là, cette lente dégradation que Manuel Ruiz Vida tente non pas de figer mais d’en exprimer toute la tragédie, toute la beauté. Pour la première fois, l’artiste ose introduire dans sa palette une autre tonalité que les bleus, verts, gris qu’il sait si bien marier. La rouille prend alors les couleurs d’un rouge profond et pur qui transperce en plein coeur le réservoir. L’utilisation du rouge n’est pas anodine ; elle évoque la souffrance, la plaie ouverte d’où coule lentement et abondamment un sang épais. Au-delà des questions existentielles du temps qui passe, d’une disparition inéluctable, l’oeuvre de Manuel Ruiz Vida est un sursaut de vie, un message d’espoir. Car sous l’effet de sa spatule, de son pinceau, ce qui semblait laid devient incontestablement beau.
En touchant l’essence même de la matière, il transforme ces réservoirs ternes sans aucune valeur esthétique en des formes bleu-gris révélées par les tons chauds du rouge. Plus on s’approche de l’oeuvre, plus on est imprégné par la peinture elle-même, par les strates de couleur.
Tout se fond, tout se confond, l’oeuvre devient abstraite.

 

 

 

copyright: Sandrine Vézilier 2006. Texte du catalogue de l’exposition

« Paysages de Flandre, de l’infiniment petit à l’infiniment grand »


 

 

 

 

 

 



1
Réservoir, 2002
huile, laque et pigment sur toile
200 x 240 cm collection privée, Londres




 

 

 

 

 

 


2
Réservoir, 2002
huile, laque et pigment sur toile
195 x 130 cm

 

 




 

 

 


24-copie-1
Le ciel est parfois salle, 2003
huile, laque et pigment sur toile
160 x 215 cm




 

 

 

 

 

 



53 (4)-copie-1
Réservoir, 2002
huile, laque et pigment sur toile
120 x 200 cm




 

 

 

 

 

 


35-copie-1
Réservoir, 2004/ 2005
huile, laque et pigment sur ruban adhésif et carton
20 x 44 cm, collection particulière, Paris

 

 

 

 

Copyright: M. Ruiz Vida
Photos: Jacques Quecq d'Henripret, Nicolas Pfeiffer

Par Manuel Ruiz Vida - Publié dans : Peintures 2002/ 2009 - Communauté : Sculpture n°5, 2008- 2009
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