Manuel Ruiz Vida, peintures / pinturas

Réservoirs 2002-2005. Texte: Sandrine Vézilier, 2006

10 Juin 2015 , Rédigé par Manuel Ruiz Vida Publié dans #Réservoirs 2002-2005

Légende écrite en dessous de chaque tableau, cliquer sur les images pour les agrandir, diaporama.

Réservoir, 2002 huile et laque toile 200 x 160 cm

Réservoir, 2002 huile et laque toile 200 x 160 cm

Réservoir, 2002 huile et laque sur toile 200 x 240 cm collection particulière, Londres

Réservoir, 2002 huile et laque sur toile 200 x 240 cm collection particulière, Londres

Paysage dévasté

Peintre d’origine espagnole, Manuel Ruiz Vida a été marqué lors de son séjour à Dunkerque par les odeurs acres et les bruits sourds, par les épaisses fumées blanches aspirées par le ciel. Ce paysage aux couleurs sombres est à l’opposé de la vision idyllique et conventionnelle d’une nature foisonnante et verdoyante. Les activités de ces industries lourdes dont on redoute les effets sur l’environnement sont à l’antipode du paradis terrestre ? Là où poussaient les oyats s’érigent aujourd’hui de puissants bâtiments de fer ou de béton. Le caractère repoussant de ce paysage ne cesse pourtant d’attirer Manuel Ruiz Vida. Il en retient les détails : un hangar, des containers, un réservoir. Couche après couche, il cherche à apaiser ces pulsions contradictoires dans la matière, à révéler la force et la fragilité de ces architectures, à saisir les effets du temps sur la transformation des matériaux. Peu à peu le fer se ronge, s’effrite et perd l’aspect lisse originel. C’est cet instant-là, cette lente dégradation que Manuel Ruiz Vida tente non pas de figer mais d’en exprimer toute la tragédie, toute la beauté. Pour la première fois, l’artiste ose introduire dans sa palette une autre tonalité que les bleus, verts, gris qu’il sait si bien marier. La rouille prend alors les couleurs d’un rouge profond et pur qui transperce en plein coeur le réservoir. L’utilisation du rouge n’est pas anodine ; elle évoque la souffrance, la plaie ouverte d’où coule lentement et abondamment un sang épais. Au-delà des questions existentielles du temps qui passe, d’une disparition inéluctable, l’oeuvre de Manuel Ruiz Vida est un sursaut de vie, un message d’espoir. Car sous l’effet de sa spatule, de son pinceau, ce qui semblait laid devient incontestablement beau. En touchant l’essence même de la matière, il transforme ces réservoirs ternes sans aucune valeur esthétique en des formes bleu-gris révélées par les tons chauds du rouge. Plus on s’approche de l’oeuvre, plus on est imprégné par la peinture elle-même, par les strates de couleur. Tout se fond, tout se confond, l’oeuvre devient abstraite.

Sandrine Vézilier 2006, conservateur du Musée départemental de Flandre, Cassel. Texte du catalogue de l’exposition, « Paysages de Flandre, de l’infiniment petit à l’infiniment grand »

Réservoir, 2002 huile et laque sur toile 195 x 130 cm

Réservoir, 2002 huile et laque sur toile 195 x 130 cm

Le ciel est parfois sale, 2003 huile et laque sur toile 160 x 215 cm

Le ciel est parfois sale, 2003 huile et laque sur toile 160 x 215 cm

Réservoir G4, 2002 huile et laque sur toile 120 x 200 cm

Réservoir G4, 2002 huile et laque sur toile 120 x 200 cm

Réservoir, 2004-2005 huile et laque sur carton et ruban adhésif 20 x 44 collection particulière, Paris

Réservoir, 2004-2005 huile et laque sur carton et ruban adhésif 20 x 44 collection particulière, Paris

Fumées n°2, 2002 huile sur carton 13 x 21 cm

Fumées n°2, 2002 huile sur carton 13 x 21 cm

Fumées n°1, huile et crayon sur carton 13 x 19 cm Collection particulière, Nice

Fumées n°1, huile et crayon sur carton 13 x 19 cm Collection particulière, Nice

Fumées n°3, huile et crayon sur papier 15,5 x 22 cm

Fumées n°3, huile et crayon sur papier 15,5 x 22 cm

Copyright: M. Ruiz Vida, photos: J. Quecq d'Henripret, Nicolas Pfeiffer

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