Partager l'article ! Peintures 2008/2011 (sélection): Beijing, 2008 / 2009 Hui ...

Beijing, 2008 / 2009
Huile et laque sur toile
200 x 250 cm

Xiditou, 2008 / 2009
Huile et laque sur toile
210 x 320 cm
Sculpture n°8, 2008 / 2009
Huile et laque sur toile
140 x 200 cm
L’attraction du vide
« Sculptures » (étude de sarcophages romains)
En 2009, Manuel Ruiz Vida nourrit ses recherches sur la masse et le poids visuel de l’objet par l’observation de sarcophages romains, à l’occasion de sa résidence d’artiste à Rome, dans l’Atelier Wicar (de la Ville de Lille).
La tombe antique est restituée dans une forme simplifiée. Il s’agit d’une image épurée du réel où le sarcophage est dessiné de manière allusive. Inversement, l’œuvre devient presque tactile et prend corps en fonction des résidus, des grumeaux de peinture qui apparaissent sous le lissé de laque et d’huile, recréant la surface râpeuse de la pierre et ses irrégularités naturelles. Cette confusion entre objet réel et objet peint, l’artiste la ressent lui-même. Mais plus qu’à l’aspect décoratif des frises et bas-reliefs, c’est à la béance que Manuel Ruiz Vida s’intéresse, la même béance qu’offrait à voir la bétonneuse ou le réservoir des années 2002-2005 !
La Sculpture n°5 représente une excavation rectangulaire noire qui ne devient visible que parce que des bords plus clairs en marquent les limites. Incliné à 90°, le sarcophage se dissocie par là des bords du tableau, lesquels autrement pourraient correspondre au format exact du tombeau qui se confondrait alors avec le rectangle peint de la toile elle-même. C’est ce qui se produit avec la Sculpture n°8 : le cénotaphe (tombeau vide) se confond exactement avec le cadre comme si la toile pouvait devenir le tombeau lui-même en raison de son format et de l’identité entre le rectangle funèbre et le rectangle pictural ! Etrange perspective par laquelle la peinture devient pierre tombale…
En apparence, rien de morbide dans tout ceci : il s’agit d’un rectangle de couleur qui dessine un objet vu d’au-dessus, en creux, sans fioritures. La réflexion de l’artiste s’apparente en ce cas à la recherche sur le cube de Donald Judd dont parle Georges Didi-Huberman dans Ce que nous voyons, ce qui nous regarde : «Imposer cette impérative spécificité de l’objet (…) Eliminer toute forme d’anthropomorphisme (…), redonner aux formes, aux volumes comme tels, leur puissance intrinsèque. »
Pourtant, le sujet choisi, celui du dernier lieu où repose le corps, ne se réduit pas à cette simple réflexion sur le volume, résumé à sa forme même. Les boîtes transparentes de Joseph Kosuth (Clear, Empty, Glass, Box, Cube) ne sont effectivement rien d’autre que le nom qu’elles portent, des cubes de verre vides ! Mais avec le sarcophage, Manuel Ruiz Vida entre dans un autre questionnement. Bien sûr il se plaît à donner de la profondeur à l’objet comme s’il s’agissait d’une simple sculpture aux angles vifs mais, avec l’orientation souvent en diagonale de l’œuvre, et son ombre portée au sol, il amène le spectateur par son regard à pénétrer dans l’étroite fente noire. L’œil curieux cherche à voir, quelque chose qui n’existe plus, scrute les profondeurs du noir pour y déceler une quelconque présence. Là où fut contenu un corps, le spectateur ne trouve que le néant, trou vide qui, comme le précipice, appelle le regard, l’aspire. L’invitation à rejoindre ce lieu fait bien sûr penser à Montaigne, parce que « Philosopher, c’est apprendre à mourir », parce que peindre, c’est…Toutes les œuvres de Manuel Ruiz Vida, de l’usine désaffectée, de la porte de hangar définitivement fermée au sarcophage romain ouvert sur le rien, s’éloignent et se rapprochent de ce lieu où s’anéantissent les choses.
La peinture a toujours eu, comme une de ses missions, celle d’évoquer l’impensable fin : on songe aux descentes de croix et mises au tombeau. Devant le trou noir des Sculptures, on se prend à penser aux bergers d’Arcadie de Poussin déchiffrant quelque chose sur un tombeau : « Et in Arcadia ego », cherchant à donner un sens à la mort. Il n’y a rien d’écrit, en revanche, dans la béance des Sculptures de Manuel Ruiz Vida, aucun sens immédiatement perceptible.
Laurence Boitel, septembre 2010.
Copyright: L. Boitel

Sculpture n°5, 2009
huile, laque et pigment sur toile
86 x 146 cm

Sculpture n°6, 2009
huile, laque et pigment sur toile
58 x 150 cm

Sculpture n°7, 2009
huile, laque et pigment sur toile
90 x 152 cm
Sculpture n°10, 2009 huile, laque et pigment sur toile 66 x 158 cm
Sculpture n°11, 2009 / 2010 huile, laque et pigment sur toile 77, 5 x 118, 5 cm
Sculpture n°12, 2009 / 2010 huile, laque et pigment sur toile 77, 5 x 118, 5 cm
sculpture n°13, 2009/ 2010 huile et laque sur toile 58 x 150 cm
Sculpture n°14, 2010 huile et laque sur toile contre-collée sur bois 90 x 178 cm
Sans titre, 2009 / 2010 huile, laque et pigment sur toile 160 x 240 cm
Sculpture n°9, 2008/ 2009
huile et laque sur papier marouflé sur bois
60 x 40 cm collection Ville de Lille
Le précipice, 2010
Huile et laque sur carton contre collé sur bois
53 x 53 cm
Sculpture n°14, 2010/ 2011
huile et laque sur toile
110 x 150 cm
Sombra y luz, 2010/ 2011
huile et laque sur toile
155, 5 x 176
Sombra y luz n°2, 2010 / 2011
huile et laque sur toile contre-collée sur bois
178 x 123 cm
Piedra, 2010/ 2011
huile et laque sur toile contré-collée sur bois
91 x 178 cm
Sans titre 2011; huile et laque sur toile contre- collée sur bois 42 x 42 cm
Sans titre 2011; huile et laque sur toile contre- collée sur bois 42 x 42 cm
Sans titre 2011; huile et laque sur toile contre- collée sur bois 42 x 42 cm
Sans titre 2011; huile et laque sur toile contre- collée sur bois 42 x 42 cm
Sans titre 2011; huile et laque sur toile contre- collée sur bois 42 x 42 cm
Sans titre 2011; huile et laque sur toile contre- collée sur bois 42 x 42 cm
Sans titre 2011; huile et laque sur toile contre- collée sur bois 42 x 42 cm
Sans titre 2011; huile et laque sur toile contre- collée sur bois 42 x 42 cm
Sans titre 2011; huile et laque sur toile contre- collée sur bois 42 x 42 cm
Sans titre 2011; huile et laque sur toile contre- collée sur bois 42 x 42 cm
copyright: M. Ruiz Vida
Photo: Jacques Quecq d'Henripret, Manuel Ruiz Vida
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